Al Qaeda made in Tunisia

Ansar Acharia, una nuova sigla di qaedisti diffusi dal nord Africa fino allo Yemen. Tra di loro gli autori dell''assassinio di Massud (Afghanistan) e l''"Emiro di Milano".'

globalist syndication

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Redazione 3 giugno 2013
[b]Par Hanène Zbiss[/b]





[i]Ils font la Une de tous les journaux de la presse écrite et télévisée. Depuis des semaines, ils tiennent en haleine tout un peuple. Qui sont les Ansar Acharia? Ce mouvement risque de transformer l’image de la Tunisie d’un pays paisible et tolérant en un foyer de violence et d’anarchie. Que veulent ses adeptes ?[/i]



Ce mouvement, dont le nombre d’adeptes varie entre 15.000 et 20.000 environ, est paradoxalement une conséquence de la Révolution tunisienne. Suite à la décision d’amnistie générale prise le 19 février 2011 par le chef du gouvernement, Mohamed Ghannouchi, des centaines de salafistes qui remplissaient les prisons tunisiennes (jugés selon la fameuse loi anti-terroriste de Ben Ali) ont pu ainsi retrouver le chemin de la liberté. Parallèlement, des partisans tunisiens de la mouvance salafiste djihadiste en Europe et des anciens combattants dans les rangs d’Al-Qaïda en Afghanistan, en Irak, en Bosnie, en Tchétchénie et en Somalie sont rentrés massivement en Tunisie, profitant de l’ambiance de laisser-aller sécuritaire qui régnait dans le pays. Ainsi, la mouvance salafiste, avec ses deux branches, scientifique et djihadiste, a pu se reconstituer et se restructurer.



[b]Né de la Révolution[/b]


Deux figures se sont rapidement distinguées : Al Khatib Al Idrissi et Seif Allah Ben Hassine, plus connu sous le nom d’Abou Iyadh. Le premier est l’idéologue du mouvement salafiste djihadiste. Originaire de Sidi Bouzid, aveugle, il a été emprisonné pendant trois ans sous l’ancien régime pour avoir lancé une fatwa autorisant le coup d’État contre le souverain, au nom de l’Islam, fatwa qui aurait été utilisée par le groupe de Soliman afin de préparer des opérations terroristes en Tunisie. Le second est le chef de ce qui est devenu le mouvement Ansar Acharia. Ce dernier est un ancien combattant d’Al-Qaïda, il a de plus joué un rôle capital dans l’assassinat de Chah Massoud en Afghanistan et a combattu en Afghanistan avant d’être arrêté en Turquie en 2003 puis remis aux autorités tunisiennes.

Si Al Khatib Al Idrissi a voulu conserver son rôle d’idéologue de la mouvance, Abou Iyahd, lui, a plutôt cherché à rassembler les adeptes du salafisme djihadiste sous la bannière d’un mouvement, baptisé Ansar Acharia. Cette appellation est loin d’être une invention locale, mais c’est plutôt le nouveau label d’Al-Qaïda, qui a changé de stratégie depuis le Printemps arabe. En effet, il ne s’agit plus d’œuvrer d’une manière centralisée, mais de crier des «franchises» avec l’aide des anciens combattants envoyés dans leurs pays d’origine. À ces franchises, il fallait donner une nouvelle appellation, laquelle permet de faire oublier les horreurs commises par Al-Qaïda et d’attirer vers elle de nouveaux sympathisants. Plusieurs mouvements portant le nom d’Ansar Acharia sont nés un peu partout dans les pays arabes. On retrouve ce nom dans sept pays : la Tunisie, la Libye, l’Égypte, le Yémen, le Maroc, la Mauritanie et le Mali (voir encadré)



[b]Discours pacifique, projet violent[/b]


Officiellement, Ansar Acharia en Tunisie a été fondé le 21 avril 2011. Un mois après, il a tenu son premier congrès, le 21 mai, à la Soukra. À l’époque, le mouvement, qui n’avait pas demandé d’autorisation pour exister, avait encore un discours pacifique. En témoigne le slogan qu’il avait annoncé lors du congrès : «Écoutez-nous et n’écoutez pas ce qui se dit sur nous».

L’évènement n’avait réuni qu’environ huit cent personnes, mais il avait une importance capitale, puisqu’après vingt ans de travail clandestin la mouvance salafiste allait finalement commencer à travailler publiquement. La présence, lors de ce congrès, de figures politiques d’Ennahdha (Sadok Chourou, Habib Ellouz) et du CPR comme Abderraouf Ayadi (qui en était membre à l’époque) a apporté une sorte de reconnaissance à ce mouvement. Une reconnaissance qui s’est consolidée après l’arrivée au pouvoir des islamistes et de leurs alliés de la Troïka.

Bien que participant à quelques manifestations spectaculaires comme l’attaque du Cinéma Africart (juin 2011) et l’affaire du film Persépolis (octobre 2011) Ansar Acharia voulait se montrer, avant tout, comme un mouvement non violent, cherchant à s’attirer la sympathie des Tunisiens en prêchant le retour à l’application de la charia dans la vie publique. C’est ce que ses adeptes n’ont cessé de répéter: «La Tunisie est une terre de prêche et pas de djihad.»
S’exprimant sur les objectifs du mouvement, Abou Iyadh a déclaré dans une interview accordée au journal Hakaiek (le 22 décembre 2011) : «Notre contexte tunisien ne nécessite pas de porter les armes, mais de prêcher l’islam auprès des gens. Cette étape est dédiée au prêche, sans pour autant abandonner le djihad comme obligation religieuse. Notre but est de faire revivre l’identité islamique du peuple, afin qu’il revienne aux fondements de la charia».

Il est vrai qu’Ansar Acharia a axé son action dans une première période sur l’organisation des tentes de prédication et des caravanes d’aides humanitaires pour les régions démunies et défavorisées du pays, outre la mainmise sur les mosquées, mais cela ne servait que de façade à un autre projet, violent et belliqueux.

Les prémices de ce projet ont été découvertes, très tôt avec les évènements de Rouhia en mai 2011 (Abou Iyad a reconnu la mort de deux des adeptes du mouvement) puis ceux de Bir Ali Ben Khélifa en février 2012. Ensuite, l’attaque de l’ambassade américaine (septembre 2012), les saisies récurrentes d’armes (à l’intérieur du pays et même dans la capitale), la découverte de camps d’entrainement pour les djihadistes dans le nord-ouest et le sud du pays et enfin les confrontations entre les forces de sécurité et les terroristes au Mont Chaambi, (dont certains appartiennent à Ansar Acharia), ont montré que le mouvement cherche à renverser le régime pour créer le fameux «État islamique.»
Ansar Acharia a pourtant tout fait pour cacher cet agenda, en refusant de le déclarer publiquement et de reconnaitre ses liens avec Al Qaida. Même lors de son deuxième congrès le 20 mai 2012 à Kairouan, ses leaders ont continué à répéter que la Tunisie est une terre de prêche. Et Abou Iyadh avait critiqué ce jour-là, la presse, l’Etat et a même proposé de créer des syndicats islamistes. Mais à aucun moment, il n’a évoqué le djihad.

Globalement, les adeptes d’Ansar Acharia n’ont jamais clarifié leur rapport avec les opérations de contrebande d’armes en provenance de la Libye (dont une partie restait sur le territoire tunisien), ni leurs liens avec le groupe terroriste de Chaambi.



[b]Les liens avec Al-Qaida[/b]


Bien que le mouvement ne reconnaisse pas ouvertement ses rapports avec Al Qaida, notamment en matière d’opérations djihadistes, plusieurs indices confirment ces liens forts. Tout d’abord la structure organisationnelle. Ansar Acharia est composé d’un comité charaïque, formé par les leaders du mouvement dont le nombre ne dépasse pas les 12 et à la tête duquel se trouve un « Émir national», en plus des bureaux (politique, social, de prédication, et de presse). Sur le plan régional puis local, il existe aussi des entités dirigées par des Émirs régionaux et de petites cellules, formées de 5 à 12 personnes. Même chose pour Al-Qaida qui adopte le même organigramme avec des cellules de 5 à 7 personnes.

Par ailleurs, il y a un élément fondamental à ne pas oublier : une bonne partie des leaders d’Ansar Acharia étaient d’anciens combattants d’Al-Qaïda ou ont fait partie du réseau de son soutien matériel et logistique. Abou Iyadh a été le fondateur du Groupe tunisien des combattants en 2000, en Afghanistan et a lui-même participé à la bataille de Jalal Abad contre les forces spéciales américaines et celles de l’OTAN, sans oublier le rôle capital qu’il a joué dans la planification de l’assassinat de Chah Massoud. Sami Essid, un autre leader d’Ansar Acharia, a dirigé pendant des années une cellule terroriste dans le nord de l’Italie, ayant des connexions directes avec Al-Qaïda. Il était même surnommé «l’Émir de Milan». Tarek Maâroufi (une autre figure du mouvement) était impliqué dans la fabrication de faux passeports pour les deux Tunisiens qui ont assassiné Massoud, ce qui lui a valu six ans de prison et la perte de sa nationalité belge. Ces figures ont certainement gardé leurs liens avec l’organisation mère, surtout qu’ils n’ont jamais renié ni leur passé, ni leur appartenance idéologique.

Cette fidélité à Al-Qaïda n’est pas le propre d’Ansar Acharia en Tunisie, mais se retrouve aussi chez les Ansar Acharia des autres pays, c’est ce qui explique l’étroite collaboration entre ces mouvements et les ressemblances dans les manières d’opérer. Par exemple, les relations sont fortes entre le mouvement tunisien et la branche libyenne qui est née durant la Révolution ayant chassé Kadhafi et a bénéficié du soutien de la mouvance salafiste djihadiste tunisienne. Les deux mouvements œuvrent en coordination avec les djihadistes algériens et très probablement avec l’AQMI (Al-Qaïda dans le Maghreb islamique). Le transfert d’armes et de combattants se fait d’une façon régulière entre les trois pays (Tunisie, Libye et Algérie), afin de créer ce qu’on appelle le « triangle djihadiste ». Un triangle redoutable, qui permettrait d’établir une solide plate-forme d’action pour Al-Qaïda en Afrique du Nord.

Si Ansar Acharia en Tunisie et en Libye n’ont pas été déclarées jusque-là comme organisations terroristes par le Département d’État américain, ce n’est pas le cas d’Ansar Acharia au Yémen, considéré comme un «rejeton» d’Al-Qaïda dans la Péninsule arabique. Il n’empêche que les deux mouvements ont été capables d’actions violentes. Tout le monde se rappelle par exemple de l’assassinat du Consul américain à Benghazi, revendiqué par Ansar Charia en Libye.
Les dernières enquêtes policières en Tunisie, en relation avec certains éléments interpelés au Mont Chaambi, ont montré les liens entre des adeptes d’Ansar Acharia avec les groupes terroristes localisés et le soutien logistique et financier qu’ils leur ont fourni.

Certains observateurs sont même allés jusqu’à dire que l’organisation du troisième congrès d’Ansar Acharia à Kairouan, qui n’a finalement pas eu lieu, était une tactique pour desserrer un peu l’étau imposé par les forces de sécurité tunisiennes sur le groupe de Chaambi. Certaines informations affirmaient que ce congrès, interdit par le ministère de l’Intérieur, aurait été l’occasion pour le mouvement d’annoncer la création d’un «Émirat islamique en Tunisie» et de mettre à sa tête Abou Iyadh, actuellement recherché par la police.



[b]Bras de fer avec les islamistes au pouvoir[/b]


Face à cette évidence, les islamistes au pouvoir ne pouvaient plus continuer à fermer les yeux sur le développement d’Ansar Acharia. C’est ce qui explique les confrontations désormais récurrentes entre les forces de sécurité et les partisans du mouvement. Ennahdha a décidé de prendre une position forte contre ses alliés d’hier, en prenant le risque de perdre un soutien électoral de taille. Même les déclarations de ses leaders envers le mouvement ont radicalement changé. Rached Ghannouchi qui avait reconnu les salafistes comme étant «ses fils», avec qui «il faut dialoguer», a déclaré le 26 mai, lors d’une réunion avec les cadres d’Ennahdha à la Cité Ettadhamen que « là ou s’installent les djihadistes, c’est la destruction et la décadence», ajoutant : «je défie ces rustres de me donner un seul pays où ils ont réussi. Est-ce que la Somalie, l’Irak et l’Afghanistan sont des pays stables ?»

Auparavant, Ali Laaryedh avait considéré Ansar Acharia comme une «organisation illégale» ayant des liens avec le terrorisme. Le gouvernement s’est montré ferme dans l’application de la loi et compte aller de l’avant dans ce sens. Les adeptes d’Ansar Acharia, de leur côté, ne se laisseront sans doute pas faire. Ils l’ont dit à maintes reprises. Nous dirigeons-nous donc vers un scénario de confrontation entre islamistes et salafistes ? Ennahdha reproduira-t-elle le même schéma de répression massive de Ben Ali du début des années 90 ?
Tout est possible désormais…






[b]Les principaux leaders d’Ansar Acharia[/b]



[b]Seif Allah Ben Hassine (Abou Iyadh)[/b], 47 ans. Il est le fondateur d’Ansar Acharia. Réfugié à Londres après les répressions du régime Ben Ali contre les islamistes (début des années 90), Abou Iyadh s’est distingué pour son aide logistique à Al Qaida. Il est le stratège qui a élaboré le plan pour l’assassinat de Chah Massoud, avec l’aide de deux Tunisiens : Abdessattar Dahmen et Rachid Bouraoui, lesquels ont assuré l’exécution de l’opération. Abou Iyadh avait une relation personnelle avec Ben Laden. Il a fondé le Groupe tunisien des combattants en 2000 dans les montages de Tora bora en Afghanistan. Il aussi a participé à la bataille Jalalabad contre l’Alliance du Nord et des Forces de l’OTAN, avant d’être arrêté en 2003 en Turquie et remis aux autorités tunisiennes. Jugé selon la loi d’anti-terrorisme de 2003, il devait écoper d’une peine de 68 ans dont il a passé huit ans dans les prisons tunisiennes, avant de sortir en mars 2011, bénéficiant de la décision d’amnistie générale. Il participé durant son séjour carcéral à former toute une génération de jeunes salafistes. Seifallah Ben Hassine n’a jamais été inquiété durant son séjour en geôle, ni torturé, ce qui a fait alimenter des soupçons qu’il serait un indicateur de police.


[b]Sami Essid [/b]a la quarantaine et il est actuellement le responsable des « caravanes d’aides humanitaires » et de la logistique. Auparavant, Essid était installé en Italie. Il a été accusé par les autorités italiennes d’être l’un des leaders d’Al Qaida en Europe. Ce n’est pas par hasard s’il a été nommé « l’Émir de Milano », puisqu’il dirigeait, pendant des années, une cellule terroriste au nord de l’Italie ayant des connexions directes avec Al Qaida. Il était accusé d’avoir programmé une série d’explosions qui visait des églises, des synagogues et surtout l’ambassade américaine à Rome, ce qui lui a valu sept ans de prison en Italie, avant d’être remis à la Tunisie en juin 2008. Il a retrouvé sa liberté grâce à la loi d’amnistie générale en février 2011.


[b]Hassan Ben Brik[/b] est numéro 2 du mouvement Ansar Acharia, responsable du bureau de prédication dans l’organisation. Ce jeune d’une trentaine d’années a été arrêté plusieurs fois pour incitation à la violence. la dernière arrestation en date, a eu lieu le 23 septembre, à cause de son implication dans l’attaque de l’ambassade américaine. Il est entré avec d’autres prisonniers salafistes dans une grève sauvage de la faim qui a duré des semaines. Le 2 janvier 2013, il a été relâché.


[b]Seifeddine Errayes[/b], la trentaine, est porte-parole d’Ansar Achria. Il a joué un rôle important, ces derniers temps, à l’occasion de l’interdiction du 3e Congrès d’Ansar Acharia. Il été même arrêté la veille de l’évènement avant d’être relâché quelques jours après. Son chef d’accusation était « l’incitation à la violence et diffusion de fausses informations ».



[i]Publié à Réalités le 30 mai 2013[/i]